La BD pour les maths

mercredi 8 juillet 2020
par  Mickaël IATALESE

Quelques retours de l’utilisation de la BD dans l’enseignement des maths (collège-lycée). L’intention de cet article est de donner des idées aux collègues pour explorer de nouvelles pistes d’activités « ludiques » en classe.

Dans mon enseignement des mathématiques au lycée, j’ai eu l’occasion d’utiliser des planches de bandes-dessinées que je dessine moi-même. Dans un premier temps, je présente brièvement quelques thèmes mathématiques que j’ai illustrés en planches de BD, j’expliquerai la façon dont je les ai utilisées en classe et suggèrerai d’autres pistes d’utilisation de ces planches. Je terminerai ensuite par les points positifs que j’ai observés personnellement et vous ferai part des retours de collègues de mathématiques qui ont eu la gentillesse de les utiliser en classe avec leurs propres élèves.

Présentation de trois de mes BD

La première bd (notons la BD1) traite de la « résolution d’équations de la forme ax + b = cx + d », un extra-terrestre explique en trois pages la résolution de cette équation à l’aide d’une balance à plateau.

La deuxième bd (notons la BD2) est intitulée « loi des grands nombres ». Bernoulli tente d’expliquer cette loi en lançant un très grand nombre de fois son ami « le dé ». Ce dernier n’est pas très content qu’on le malmène en le jetant de la sorte sans son autorisation.

La troisième bd (BD3) parle de « la logique ». Il s’agit de dialogues entre la version sympa du professeur de mathématiques et un ordinateur. On y trouve des illustrations des définitions telles que : « proposition mathématique », « implication », « équivalence », « négation », « ET/OU », « contraposée ». Toutes accompagnées d’exemples.

BD Équation du premier degré
BD Loi des grands nombres
BD Un peu de logique

Mon utilisation des BD en classe

BD1, BD2 et BD3 peuvent être utilisées au collège comme au lycée. J’ai utilisé BD1 en seconde pour introduire ma séquence « résolution d’équations du premier degré ». À chaque vignette, un élève volontaire lit à haute voix ce que dit l’extra-terrestre et un autre pour le rôle du trux (cf. BD1). Après lecture, on demande aux élèves de résoudre les équations qui se trouvent à la fin de l’histoire. Des volontaires passent ensuite au tableau pour proposer une correction. Enfin, on institutionnalise en rappelant les règles de la résolution dans le cas général (neutraliser jusqu’à avoir une forme Ax = B).

J’ai utilisé BD2 en seconde et en TS. Pour la seconde, la planche devait être lue à la maison, puis elle a été relue en classe par deux élèves (l’un pour le rôle de Bernoulli, l’autre pour celui du dé). À la fin de la lecture, un débat est lancé entre élèves pour savoir ce qu’ils ont compris. On a pu ensuite enchaîner ce débat par une simulation de lancers de dé via Python faite et projetée par le professeur pour s’assurer que tous aient compris. Pour la TS, j’ai donné cette bd à lire à la maison en guise de rappel de l’approche fréquentiste de la probabilité d’un événement. BD2 était accompagnée d’une fiche de rappels de 1re S (vocabulaire, expérience aléatoire, univers fini, variable aléatoire, etc.) afin de bien commencer le chapitre sur « les probabilités conditionnelles ».

BD3 est utilisée comme un formulaire en seconde et en TS. Les exemples dessinés sont constamment réutilisés quand la situation se présente en classe. Par exemple, l’histoire de « Si je suis à Paris alors je suis en France » pour l’implication a été exploité pour la notion « ensemble inclus dans un autre ».
Lors de la lecture de BD1, j’ai observé que les élèves étaient attentifs vu que le support avait l’air original, nouveau. Ils semblaient prendre du plaisir à lire. Je me souviens qu’une mère d’élève m’a dit en réunion parents-prof : « Ma fille a envie de lire des maths, c’est rare ! ».

En utilisant BD2, mes élèves étaient de nouveaux attentifs. J’ai constaté qu’utiliser l’humour ou des supports qui provoquent des émotions font que les élèves retiennent davantage certaines notions, ils retiennent certains exemples « plus naturellement ». Ces exemples servent alors de « référence ». Ainsi, à chaque fois que je prononce la « loi des grands nombres » des élèves m’ont répondu : « ah oui ! c’est l’histoire du dé au bord du vomi ! ». J’ai aussi été agréablement surpris par les remarques légitimes de certains élèves. J’avais fait deux étourderies involontaires dans BD2, j’ai oublié un zéro dans un tableau d’effectifs et le courbe des fréquences dépasse 1. Un élève m’a dit : « est-ce possible qu’une fréquence soit supérieure à 1 ? ». Cela a été l’occasion d’en débattre en classe. Leurs remarques m’ont donné l’idée d’utiliser les bd comme des « exercices » à la recherche d’incohérences.

Retours des collègues et perspectives

Des collègues qui ont testé mes planches ont affirmé que les élèves étaient plus attentifs. Ils ont trouvé les bd « marrantes » et redemandent de travailler avec ce genre de support. L’originalité donne envie de lire à la maison.

Pour résumer, on a constaté qu’on peut utiliser les BD pour introduire un chapitre, réactiver des notions avant des activités ou un cours théorique. Elles peuvent servir de petits exercices-tests ludiques. Une piste à exploiter serait d’utiliser la bd illustrant « un point méthode » (exemple : comment étudier les variations d’une fonction ?) à lire ou bien comme « une synthèse à la fin du cours ». Ce type de support peut aussi attirer l’attention d’un public d’élèves plus faibles qui doivent souvent être réconciliés avec les mathématiques. Il est envisageable de les utiliser en accompagnement personnalisé.


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